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Février , 2010
Question par : Université Laval

Comment le curriculum peut-il intégrer des technologies environnementales renforçant le rôle de la conception architecturale comme lieu d’innovation esthétique, sociale et culturelle plutôt que de la réduire à une simple optimisation de performance?


Même s'il existe un consensus sur le fait qu'une véritable architecture durable doit s'appuyer sur une approche sociale et culturelle plus inclusive, cette condition ne devrait jamais occulter l'habileté des futurs architectes à optimiser la performance énergétique des bâtiments. Dans la quête actuelle de la neutralité carbonique et de la diversité des moyens technologiques disponibles, comment pouvons-nous comme enseignants et futurs professionnels trouver une technologie juste pouvant réhumaniser l'architecture?

 

Contexte académique

Le curriculum  de l'ÉAUL possède une longue tradition remontant au début des années 70 dès l'apparition du mouvement bioclimatique. Limité alors aux seules dimensions climatiques et énergétiques, le curriculum s'est progressivement bonifié pour inclure des aspects plus technologiques et sociaux de la responsabilité environnementale. C'est ainsi qu'au baccalauréat, les étudiants sont immédiatement introduits à la perspective environnementale dans le cours obligatoire Architecture et environnement pour ensuite développer leurs connaissances dans de nombreux autres cours obligatoires et aux choix. A la maîtrise professionnelle (M.Arch.), les étudiants doivent obligatoirement choisir deux ateliers dont un premier possédant une saveur 'technologique' Construction et design, Ambiances physiques et design, ou Architecture virtuelle et fabrication numériques et un second à saveur plutôt 'sociale' Programmation et design, Conservation et restauration, Design urbain, ou Habitats et cultures avec leurs cours concomitants. L'ÉAUL est signataire du 2010 Imperative dans lequel nous nous sommes engagés à intégrer les notions environnementales à tous les ateliers de design en 2010 http://www.architecture2030.org/2010_imperative/. Plusieurs projets de recherche participative aux cycles gradués dans la région de Québec et dans les pays en émergence témoignent de l'engagement social et environnemental de l' ÉAUL. La section des Lectures recommandées présentent les plans de cours des principaux cours à fort contenu environnemental (1.1-1.7.pdf) ainsi que les différents cheminements des études (2.1, 2.2.pdf).  Pour plus d'information, consultez  http://www.arc.ulaval.ca/.

 

Approche pédagogique

Le Groupe de recherche en ambiances physique (GRAP)  http://www.grap.arc.ulaval.ca/ reconnaît que l'architecture durable doit être plus que la simple résolution de questions technologiques et empirique mais doit aussi s'attaquer à la question de la perception spatiale et du jugement critique en architecture. L'approche de conception intégrée par les ambiances physiques proposée par le GRAP soulèvent des enjeux intéressants d'interprétation, de prédiction et de représentation de la technologie environnementale à toutes les étapes du projet et à toutes ses échelles du macro urbain au méso architectural jusqu'à l'échelle micro du matériau. La concentration Ambiances physiques et design de la maîtrise professionnelle http://www.arc.ulaval.ca/futursetudiants/maitrise.php essaie ainsi de faire le pont entre le conceptuel et le pratique, entre architecture et technologie au profit de l'environnement et des occupants (1.5, 1.6.pdf). L'usage d'outils de prédiction qualitative et quantitative des ambiances en amont du design permet de supporter de nouvelles hypothèses de design et de garantir la validité du processus tout en explorant la complexité des transactions intérieures-extérieures dans un contexte d'architecture nordique. L'approche systémique thermique, visuelle et acoustique par les ambiances physiques réaffirme l'importance des occupants et de leur interaction avec la technologie dans une architecture durable. Elle suggère que des technologies architecturales 'passives' couplées à des occupants 'actifs' devraient toujours être d'abord considérées dans la création du confort.

Architecture passive et occupant actif

L'ÉAUL recevait récemment la conférence Passive and Low Energy Architecture Conference (PLEA2009) dont le thème était Architecture, énergie et la perspective de l'occupant.  Dans le contexte actuel d'importants développements technologiques dans les domaines énergétiques et des nouveaux matériaux, l'objectif de la conférence était de repositionner l'usager comme un acteur 'actif' déterminant de la performance énergétique d'une architecture 'passive' à travers la diversité environnementale et les opportunités d'adaptation . Elle reconnaissait que construire en climat nordique pose un défi particulier aux concepteurs et aux usagers car le paradigme de la conservation énergétique et de l'approche technologique au confort réduit considérablement le recours à des solutions passives de contrôle environnemental. La conférence voulait particulièrement identifier ces stratégies passives en climat froid pouvant améliorer le confort et la productivité des occupants à travers la diversité environnementale. Le manifeste de PLEA-Québec2009 est disponible dans la section de Lectures recommandées (3.1.pdf). Les actes de conférence électroniques sont aussi disponibles au http://www.plea2009.arc.ulaval.ca/

Débat

C'est donc dans ce contexte que 120 étudiants principalement de 1e cycle ainsi que plusieurs professeurs se sont réunis à l'ÉAUL le 2 décembre 2009 dans le but de discuter de moyens pour mieux intégrer la dimension environnementale dans le curriculum (4.pdf). Deux questions ont été soumises :

 

1)     La structure actuelle favorise-t-elle l'intégration environnementale?

2)     Comment encourager et soutenir à la fois liberté créatrice et responsabilité environnementale?

 

Le groupe a été subdivisé en 6 sous-groupes accompagnés d'au moins un professeur et un étudiant gradué. Après 20 minutes de discussion, 6 rapporteurs ont partagé les conclusions de leurs discussions avec l'ensemble de l'audience.  Un PODcast disponible sur ce site présente quelques extraits de la rencontre. Les conclusions générales suivantes sont issues de cette discussion et ont permis de formuler la 3e question :

 

Plus de continuité

Même si les participants reconnaissent que la structure actuelle du programme semble avoir été  créée dans une perspective environnementale, les étudiants gradués soulignent le manque apparent de continuité et d'entretien de la 'flamme' environnementale durant le curriculum. Ils suggèrent un cheminement plus progressif de notions théoriques vers les pratiques de l'architecture durable.

 

Plus d'intégration

La seconde question a été formulée suite à la perception (partagées par plusieurs étudiants et professeurs) qu'une approche environnementale, spécialement lorsqu'orientée vers la technologie, banalise trop souvent le processus de création et peut mener à une simplification du design. S'il est vrai qu'une approche purement technologique peut définitivement conduire à de mauvais projets, les étudiants semblent quand même exiger plus de connaissances environnementales et spécifiquement plus d'intégration dans les ateliers. Certains insistent même sur les aspects plus technologiques associés au design durable et demandent plus de formation technique. Ils insistent qu'il existe toujours un sérieux bris de continuité entre les cours magistraux et l'application en atelier. Loin de considérer notre approche environnementale trop technologique,  nos étudiants demandent expressément plus de connaissances environnementales et plus de technologies intégrées.

 

Dans ce contexte, comment pouvons-nous dans nos curriculum répondre simultanément aux besoins techniques de confort, de santé et de performance énergétique sans tomber dans une approche technicienne? N'est-il pas symptomatique que occupés à la définition transdisciplinaire de l'architecture durable, nous négligions l'importance des connaissances quantitative et technique dans notre curriculum?  Cette question est au centre d'une discussion intense au sein des écoles nord-américaines et des comités d'accréditations dans le contexte d'une mouvance inévitable vers la neutralité carbonique en architecture. La récente édition spéciale de la revue ARCC 'Affecting Change in Architectural Education' présentée dans la section des Lectures recommandées (5.pdf) est une référence essentielle pour la réponse à cette question. L'initiative du Carbon Neutral Design (CND) http://www.architecture.uwaterloo.ca/faculty_projects/terri/carbon-aia/ auquel participe l'ÉAUL (6.pdf) constitue aussi une piste intéressante à explorer car l'approche quantitative y figure au premier plan. Finalement, comment pouvons-nous redonner à nos étudiants la confiance en leurs compétences quantitatives pour mieux répondre au défi environnemental en intégrant les aspects techniques aussi bien que les aspects plus qualitatifs esthétiques, sociaux et culturels?

 

Dans la section Lectures recommandées, nous offrons plus de réflexion sur la relation historique entre l'architecture et la technologie (7.pdf). Nous plaidons pour la réintégration de l'approvisionnement du confort au sein d'un concept plus vaste de diversité et d'adaptabilité environnementale. La section de lecture présente aussi une recherche en cours sur un projet de recherche-création portant sur l'architecture adaptative (8.pdf).